Continuer, malgré tout…

Blitz Wolf“The Blitz Wolf”, Tex Avery, Metro-Goldwyn-Mayer, 1942

Continuer à rire et faire rire, en période de guerre, c’est aussi résister à la haine et à la peur que les obscurantistes sanguinaires veulent nous imposer.

 

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J’affiche ma colère

jesuischarlieJ’affiche le “Je suis Charlie”.
Ce n’est pas honnête : je ne suis pas Charlie Hebdo. Par contre, j’ai été un peu – un tout petit peu – de ce journal. En 1996, ma rencontre avec Xavier Pasquini – il s’agissait alors de protester contre la venue du pape Jean-Paul II en France –, m’avait ouvert les colonnes de l’hebdomadaire. Et puis Charlie m’avait sollicité sur la question d’un certain terrorisme, déjà. Alors j’ai enquêté, écrit, publié, pour le journal, au temps où l’investigation tenait grand place dans ses colonnes. Je n’ai pas rencontré Charb – un autre avait alors en charge la rédaction –, mais le portrait que m’en ont dressé les collaborateurs du journal me l’ont fait concevoir comme le prototype de “l’homme honnête” (comprenne qui sait). Pour moi, ses meilleurs dessins resteront à jamais ceux de ces beaux déprimés – victimes du temps qui va – qu’il donnait à voir mieux que tout autre.

J’affiche le “Je suis Charlie”.
Mais surtout, j’affiche ma colère.
Parce que je sais que, une fois de plus, le religieux a tué. Et que l’“union nationale” n’y peut rien changer : de Nicolas Sarkozy à François Hollande, nos plus récents dirigeants n’ont eu de cesse d’amoindrir la laïcité et la loi de séparation de l’Église et de l’État. Pourtant, ils ne l’ignoraient pas : la religion jadis dominante, le catholicisme, ne fut jamais soluble dans la République. (Non, c’est la loi de 1905 qui permit la “dissolution”.)  De même, ces obscurantismes protéiformes – qu’on leur accole ou pas le qualificatif  “islam” – ne peuvent aujourd’hui – intrinsèquement – se résoudre au vivre ensemble républicain.

J’affiche ma colère.
Parce que je sais que ceux qui sont morts n’étaient pas dupes du “ich bin ein Berliner” de la guerre froide et encore moins du “nous sommes tous des Américains” post 11 septembre 2001.
Parce que au milieu du torrent de larmes de circonstance, je n’oublie pas que, aux antipodes de l’humanisme laïc de Charlie, les charognards sont là, fascistes, racistes et autres sécuritaires, prêts à engraisser sur les cendres d’un journal qui fut pourtant leur pire ennemi.

J’affiche le “Je suis Charlie”.
J’affiche ma colère.
Charlie est en moi.

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Dieudonné : “C’est la faute à qui en parle…”

En 2003 – journaliste d’investigation – j’apprenais l’entrée en délire du “sympathique” Dieudonné… Il fallait à l’époque des publications confidentielles comme Amnistia.net pour dire à quel point le roi était nu… Et déjà, le chœur du “public à Dieudo” : “On est pas fachos, hein… C’est rien que pour la déconne…”

Dix ans plus tard, de grands esprits nous l’expliquent : l’antisémitisme devenu pensée ordinaire du vieux frontiste rassis comme du jeune contestataire anti-système, c’est la faute à qui en parle…

Depuis pourtant…

Dieudonné appelant à voter FN pour “mettre la présidentielle sous électrochoc”…

Dieudonné faisant de Jean-Marie Le Pen le parrain de sa fille…

Dieudonné faisant baptiser son enfant par l’ancien curé du bastion intégriste Saint-Nicolas-du-Chardonnay…

Dieudonné en communion d’esprit avec Serge Ayoub, alias Batskin, figure du mouvement skinhead et militant d’extrême-droite de toujours…

Et toujours le chœur dieudonniste : “On est pas fachoooo ! On est pas fachoooo ! On n’est paaaas ! paaaas ! On est pas fachoooo !”

Mais silence ! Les grands esprits l’ont dit : taisons-nous, c’est la meilleure chose à faire… C’est du silence que nous viendra la lumière…

Hommage, alors, à ceux qui l’ouvrent. Qui – bien que ce ne soient pas leur métier – informent, éclairent :

BLACK, BLANC, BEUR, LE RACISME N’A PAS DE COULEUR !
À l’occasion de la venue de Dieudonné à tours le 10 janvier prochain, voici un petit dossier pour ceux qui croient encore qu’il n’est ni antisémite ni d’extrême-droite

 

 

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La bataille de l’imaginaire

Gérer notre imaginaire est un droit. Ne pas l’exercer serait à la fois coupable et risqué. Parce que, avant tout, la littérature nous constitue en tant qu’êtres humains.

À ce titre, les textes dont je suis l’auteur ne relèvent pas de la seule distraction (sauf à confondre culture et “entertainment”).

À ce titre encore, ils ne sauraient être considérés comme simple marchandise (sauf à tenir notre imaginaire pour marché).

Au moment de relancer ma littérature “7-77 ans”, j’ai décidé de ne pas l’oublier.

Plus que jamais pour moi, la bataille de l’imaginaire est engagée.

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Minus Exodus [mes Lutins, le retour] (2)

L'attaque du Pizz' Raptor-couverture

Sauvés des eaux sales où d’aucuns faillirent les noyer, mes Lutins, dix ans après leur première publication, effectuent un inévitable retour.

Le succès – jamais démenti – de Lutins en milieu urbainLutins à la mode de Bretagne, et du Petit Bêtisier Féerique devait tôt ou tard se solder  par cette extension du court…

Les voici donc chez P’tit Louis, promis à lutiner en série… Avec ce premier tome intitulé L’attaque du Pizz’ Raptor, un blog spécialement dédié voit aussi le jour.

La bataille de l’imaginaire engagée, il n’était plus temps de taire ce qui doit être écrit : “Tu comprendras ça quand tu seras p’tit !

 

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Pourquoi M. Jérôme Cahuzac n’a pas fini de nous faire marcher…

On m’a récemment qualifié d’“homme de lettres”, moi à qui font défaut celles de l’acronyme BAC et qui ne peut pas plus revendiquer le sigle BEPC…

Conscient des responsabilités dont d’aucuns m’investissent, il m’est dès lors apparu nécessaire d’éclaircir le débat sémantique né de l’affaire Cahuzac et des commentaires de Jean-Luc Mélenchon.

Me voilà donc ouvrant les dictionnaires (ou ce qui en fait office).

“Salopard (Populaire) : individu sans scrupule qui agit envers autrui d’une façon ignoble.”

Encyclopédie Larousse

“Prout-prout (Familier) (Péjoratif) : se dit de quelqu’un qui est trop distingué, précieux, qui fait beaucoup de manières.”

Wiktionnaire

“Coup de balai : licenciement du personnel (d’une entreprise, d’une administration). Nettoyage. ‘Dans la crainte des coups de balai, ils étaient toujours du côté du manche.’ (Zola)”

Le Petit Robert

Homme pratique, j’en conclus que le ministre du Budget Jérôme Cahuzac – “individu sans scrupule” – ayant agi “envers autrui d’une façon ignoble”, ce serait faire “beaucoup de manières” que s’épouvanter du “licenciement du personnel” qui nous gouverne. (Quand bien même celui-là n’a pas son pareil pour se tenir “du côté du manche”.)

Ayant remercié Zola, il ne me reste plus qu’à appeler, à mon tour, à la Marche citoyenne pour la 6e République du 5 mai 2013.

Marche citoyenne

 

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L’inculture décomplexée, ses prophètes…

À l’eschatologie littéraire, il fallait ses noirs prophètes. Nicolas Sarkozy en restera le plus sombre.

On se souvient comment le président – qui de tout son quinquennat ne mit jamais un pied au Salon du livre de Paris – avait cru bon souligner sa détestation de La Princesse de Clèves.

Selon le sociologue Bernard Lahire :

“Beaucoup pensent la même chose que Sarkozy, y compris dans les grandes écoles comme HEC. Avant, ils n’osaient pas le dire. Maintenant, ils sont décomplexés.”

Nouvel Observateur, février 2012

L’inculture décomplexée… oui, l’eschatologie littéraire est exactement cela.

On se souvient aussi que, la crise économique arrivée, le marché du livre connaissant une baisse sans précédent, le même Nicolas Sarkozy imposa une augmentation de la TVA sur  les produits culturels de 1,5 % – la chose revenant à piétiner un agonisant.

Mais le noir prophète pouvait mieux faire. Pour preuve, cette loi catimini, à l’initiative de l’UMP, adoptée par le Sénat le 13 février 2012 et votée à l’Assemblée nationale le 22 février suivant : “L’exploitation numérique des livres indisponibles du XXe siècle.”

“Cette loi vise à rendre accessible sous forme numérique l’ensemble de la production littéraire française du XXe siècle dès lors que les œuvres ne sont plus exploitées commercialement. Elle prévoit que la BNF recensera dans une banque de données publique l’ensemble desdites œuvres dont l’exploitation sera gérée par une Société de perception et de répartition des droits (SRPD) qui assurera, de façon paritaire, une rémunération aux éditeurs et aux auteurs.”  

Pétition Le droit d’auteur doit rester inaliénable

Pour les non spécialistes, la chose revenant tout simplement à dépouiller l’auteur de quelques-uns de ses droits les plus sacrés. Ainsi verra-t-il ses œuvres anciennes – celles du XXe – confiées à une “société de gestion” avec pour conséquences…

… l’obligation se surveiller en permanence la base de données de la BNF pour s’opposer à la réimpression d’une œuvre de jeunesse…

… la préemption de ses droits par une société gestionnaire avec laquelle il n’a signé aucun contrat…

… l’obligation de prouver que les œuvres préemptées sont bien de sa plume…

Ou encore : le viol pur et simple du Code de la Propriété intellectuelle.

Toutes les eschatologies se ressemblent.

Dans les ruines de ce qui fut, de tristes petites frappes brûlent ce qu’elles ne peuvent comprendre.

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C’est que quand c’est écrit c’est pas facile à suivre, hein, pas vrai ?

Au jour de l’autodafé dernier – logique acmé de l’eschatologie littéraire –, il faudra bien que l’on s’interroge un peu sur ceux qui, peu ou prou, nous ont menés là.

Sur France Info, chaque semaine, Valérie Expert anime À livre ouvert. On est entre libraires. On sait de quoi on parle.

25 février… on vient d’évoquer un livre “divertissant”. Tout le monde est bien content. Patatra ! L’ouvrage suivant, lui, “c’est autre chose, hein…”. Écoutons :

[Libraire :] — J’ai du mal à parler de ce livre mais je tiens à en parler. C’est pas facile d’en parler parce que tout tient vraiment sur l’écriture. Alors décrire une écriture, c’est un peu particulier à faire…

[Animatrice :] — Oui, c’est pas évident, ça peut faire peur… On se dit que si ça parle d’écriture c’est que c’est un peu ennuyeux…

Sur le service public, à livre ouvert, désormais, on vous le dit : écriture = ennui…

Je répète : “écriture = ennui”…

Au jour de l’autodafé dernier, Valérie Expert, comme tant d’autre, aura sa place à la droite du Grand Autodafeur. Le pire, c’est qu’elle n’en a sans doute pas la moindre conscience.

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Pourquoi l’écrivain que je suis soutient le politique qu’est Jean-Luc Mélenchon

Outre les raisons indiquées par ailleurs, je soutiens Jean-Luc Mélenchon, parce qu’il est le candidat qui a “lu les livres”.

Aussi parce qu’il est le candidat qui croit à l’émancipation par la culture.

Encore parce qu’il est le candidat de l’éducation populaire.

Enfin parce qu’il est le candidat qui réhabilite l’acte de lire.

Le 7 février 2012, à Villeurbanne, Mélenchon concluait son meeting par la lecture de cet extrait des Misérables, de Victor Hugo :

“En 93, selon que l’idée qui flottait était bonne ou mauvaise, selon que c’était le jour du fanatisme ou de l’enthousiasme, il partait du faubourg Saint-Antoine tantôt des légions sauvages, tantôt des bandes héroïques.

Sauvages. Expliquons-nous sur ce mot. Ces hommes hérissés qui, dans les jours génésiaques du chaos révolutionnaire, déguenillés, hurlants, farouches, le casse-tête levé, la pique haute, se ruaient sur le vieux Paris bouleversé, que voulaient-ils ? Ils voulaient la fin des oppressions, la fin des tyrannies, la fin du glaive, le travail pour l’homme, l’instruction pour l’enfant, la douceur sociale pour la femme, la liberté, l’égalité, la fraternité, le pain pour tous, l’idée pour tous, l’édénisation du monde, le progrès ; et cette chose sainte, bonne et douce, le progrès, poussés à bout, hors d’eux-mêmes, ils la réclamaient terribles, demi-nus, la massue au poing, le rugissement à la bouche. C’étaient les sauvages, oui ; mais les sauvages de la civilisation.

Ils proclamaient avec furie le droit ; ils voulaient, fût-ce par le tremblement et l’épouvante, forcer le genre humain au paradis. Ils semblaient des barbares et ils étaient des sauveurs. Ils réclamaient la lumière avec le masque de la nuit.

En regard de ces hommes, farouches, nous en convenons, et effrayants, mais farouches et effrayants pour le bien, il y a d’autres hommes, souriants, brodés, dorés, enrubannés, constellés, en bas de soie, en plumes blanches, en gants jaunes, en souliers vernis, qui, accoudés à une table de velours au coin d’une cheminée de marbre, insistent doucement pour le maintien et la conservation du passé, du Moyen-Âge, du droit divin, du fanatisme, de l’ignorance, de l’esclavage, de la peine de mort, de la guerre, glorifiant à demi-voix et avec politesse le sabre, le bûcher et l’échafaud. Quant à nous, si nous étions forcés à l’option entre les barbares de la civilisation et les civilisés de la barbarie, nous choisirions les barbares.”

Un instant, devant le streaming internet, j’ai voulu croire, oui, que – “insurrection qui vient” ou “révolution citoyenne” – celles-là pouvaient encore passer par le livre…

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Où l’auteur de ce blog se découvre un frère en eschatologie littéraire

6 février : le romancier américain Gary Shteyngart est sur France Culture dans Pas la peine de crier, l’une de ces émissions où le mot “psychanalyse” revient si souvent dans la bouche de l’animatrice que l’on finit par croire qu’elle a fait un pari avec sa sœur…

Shteyngart, l’auteur de Super triste histoire d’amour (L’Olivier, 2012), raconte son Amérique de la contre-culture numérique de masse où, déjà, “les livres puent”.

L’animatrice doute. Ouvertement. Évoque du bout des lèvres un éventuel “post littéraire”. Son invité y croit-il vraiment ?

Shteyngart réplique :

“Les gens sont effrayés par les livres. Il y avait un journaliste du Spiegel qui était venu faire une interview. Et il est allé dans un bar très à la mode, down town… Il a pris un livre, il a commencé à le lire, et les gens l’ont regardé comme s’il était une bête curieuse ! Le serveur est venu le voir et lui a dit : ‘Pas ici, s’il vous plaît…’” 

Silence. (L’animatrice, sûrement, songe à la psychanalyse…)

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