L’inculture décomplexée, ses prophètes…

À l’eschatologie littéraire, il fallait ses noirs prophètes. Nicolas Sarkozy en restera le plus sombre.

On se souvient comment le président – qui de tout son quinquennat ne mit jamais un pied au Salon du livre de Paris – avait cru bon souligner sa détestation de La Princesse de Clèves.

Selon le sociologue Bernard Lahire :

“Beaucoup pensent la même chose que Sarkozy, y compris dans les grandes écoles comme HEC. Avant, ils n’osaient pas le dire. Maintenant, ils sont décomplexés.”

Nouvel Observateur, février 2012

L’inculture décomplexée… oui, l’eschatologie littéraire est exactement cela.

On se souvient aussi que, la crise économique arrivée, le marché du livre connaissant une baisse sans précédent, le même Nicolas Sarkozy imposa une augmentation de la TVA sur  les produits culturels de 1,5 % – la chose revenant à piétiner un agonisant.

Mais le noir prophète pouvait mieux faire. Pour preuve, cette loi catimini, à l’initiative de l’UMP, adoptée par le Sénat le 13 février 2012 et votée à l’Assemblée nationale le 22 février suivant : “L’exploitation numérique des livres indisponibles du XXe siècle.”

“Cette loi vise à rendre accessible sous forme numérique l’ensemble de la production littéraire française du XXe siècle dès lors que les œuvres ne sont plus exploitées commercialement. Elle prévoit que la BNF recensera dans une banque de données publique l’ensemble desdites œuvres dont l’exploitation sera gérée par une Société de perception et de répartition des droits (SRPD) qui assurera, de façon paritaire, une rémunération aux éditeurs et aux auteurs.”  

Pétition Le droit d’auteur doit rester inaliénable

Pour les non spécialistes, la chose revenant tout simplement à dépouiller l’auteur de quelques-uns de ses droits les plus sacrés. Ainsi verra-t-il ses œuvres anciennes – celles du XXe – confiées à une “société de gestion” avec pour conséquences…

… l’obligation se surveiller en permanence la base de données de la BNF pour s’opposer à la réimpression d’une œuvre de jeunesse…

… la préemption de ses droits par une société gestionnaire avec laquelle il n’a signé aucun contrat…

… l’obligation de prouver que les œuvres préemptées sont bien de sa plume…

Ou encore : le viol pur et simple du Code de la Propriété intellectuelle.

Toutes les eschatologies se ressemblent.

Dans les ruines de ce qui fut, de tristes petites frappes brûlent ce qu’elles ne peuvent comprendre.

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