J’affiche ma colère

jesuischarlieJ’affiche le “Je suis Charlie”.
Ce n’est pas honnête : je ne suis pas Charlie Hebdo. Par contre, j’ai été un peu – un tout petit peu – de ce journal. En 1996, ma rencontre avec Xavier Pasquini – il s’agissait alors de protester contre la venue du pape Jean-Paul II en France –, m’avait ouvert les colonnes de l’hebdomadaire. Et puis Charlie m’avait sollicité sur la question d’un certain terrorisme, déjà. Alors j’ai enquêté, écrit, publié, pour le journal, au temps où l’investigation tenait grand place dans ses colonnes. Je n’ai pas rencontré Charb – un autre avait alors en charge la rédaction –, mais le portrait que m’en ont dressé les collaborateurs du journal me l’ont fait concevoir comme le prototype de “l’homme honnête” (comprenne qui sait). Pour moi, ses meilleurs dessins resteront à jamais ceux de ces beaux déprimés – victimes du temps qui va – qu’il donnait à voir mieux que tout autre.

J’affiche le “Je suis Charlie”.
Mais surtout, j’affiche ma colère.
Parce que je sais que, une fois de plus, le religieux a tué. Et que l’“union nationale” n’y peut rien changer : de Nicolas Sarkozy à François Hollande, nos plus récents dirigeants n’ont eu de cesse d’amoindrir la laïcité et la loi de séparation de l’Église et de l’État. Pourtant, ils ne l’ignoraient pas : la religion jadis dominante, le catholicisme, ne fut jamais soluble dans la République. (Non, c’est la loi de 1905 qui permit la “dissolution”.)  De même, ces obscurantismes protéiformes – qu’on leur accole ou pas le qualificatif  “islam” – ne peuvent aujourd’hui – intrinsèquement – se résoudre au vivre ensemble républicain.

J’affiche ma colère.
Parce que je sais que ceux qui sont morts n’étaient pas dupes du “ich bin ein Berliner” de la guerre froide et encore moins du “nous sommes tous des Américains” post 11 septembre 2001.
Parce que au milieu du torrent de larmes de circonstance, je n’oublie pas que, aux antipodes de l’humanisme laïc de Charlie, les charognards sont là, fascistes, racistes et autres sécuritaires, prêts à engraisser sur les cendres d’un journal qui fut pourtant leur pire ennemi.

J’affiche le “Je suis Charlie”.
J’affiche ma colère.
Charlie est en moi.

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